Louis Blériot
#60 - Avril / Juin 2019 - Patrimoine

Louis Blériot

Les fabuleuses destinées s’écrivent à la force des rêves, de l’ingéniosité et certainement d’un brin de génie. Celle de Louis Blériot conte une vie guidée par la passion d’un homme qui fut le premier à traverser la Manche en avion. Il a su laisser son empreinte dans de nombreux lieux, et notamment à Monaco où il vécut de nombreuses années. Retour sur la grande aventure d’un visionnaire que rien n’arrêta. 

 

Né le 1er juillet 1872 à l’Hôtel Cotteau de Simencourt dans la charmante ville de Cambrai, le jeune Louis Blériot est très vite fasciné par l’imagination sans limite des grands inventeurs comme Léonard de Vinci. Au lycée d’Amiens, le brillant élève connaît l’importance des études « Oui, je vois combien la science est nécessaire à l’homme pour se faire une position quelque peu honorable. Eh bien, cette science je l’acquerrai par mon travail ». C’est donc par un travail assidu qu’il intègre la prestigieuse École Centrale à Paris dont il sort diplômé en 1895. Après une thèse remarquable sur le gaz à acétylène (procédé servant à la fabrication des phares), le jeune ingénieur crée son entreprise. Les Etablissements L. Blériot, spécialisés dans la fabrication de phares connaissent un succès retentissant et deviennent les premiers fournisseurs d’une industrie automobile en pleine expansion. 

Les débuts de l’aviation 

L’arrière-boutique de son magasin du 16, rue Duret à Paris se transforme en véritable atelier. Là, Louis Blériot imagine, dessine et conçoit de drôles d’engins volants comme l’Ornithoptère. En ce début de siècle, l’aéronautique commence à voler de ses propres ailes et nombreux sont ceux qui créent d’incroyables machines volantes, prenant le pari fou qu’un jour, ils traverseront les airs aux côtés des oiseaux. Une course à la compétition commence alors. Louis Blériot s’associe avec Gabriel Voisin, un autre passionné d’aviation. Ils fondent en 1905 le premier atelier d’aviation français. Ensemble, ils construisent plusieurs appareils dont les vols se terminent souvent en atterrissage fracassant. Le Blériot IV, un hydravion à moteur, sonne la fin de l’association. Voisin manque de se noyer et refuse de nouveaux essais. Malgré les crashs de nombreux prototypes, Louis Blériot, surnommé par la presse « le casseur de bois », ne désespère pas et s’accroche à ses rêves. Persuadé que le monoplan est la seule solution technique valable dans la construction d’un avion car « les oiseaux n’ont que deux ailes », il s’oppose aux fervents défenseurs du modèle biplan comme son ancien associé, Gabriel Voisin.

La fabuleuse traversée 

Le 5 octobre 1908, le Daily Mail et son patron Lord Northcliffe lancent un concours : « le premier homme qui traversera la Manche par la voie des airs, entre le lever et le coucher du soleil, sans assistance extérieure et sans toucher l’eau recevra un prix et la somme de 25 000 francs or ». Louis Blériot, fortement endetté par ses nombreux essais aéronautiques, tente sa dernière chance. Après l’échec du grand aviateur Hubert Latham début juillet 1909, il installe son engin n°XI à la ferme de Mondésir le 21 juillet. Le jeune pilote reste à Calais dans l’attente d’une météo clémente. Le 25 juillet à 3h du matin, son mécanicien frappe à la porte de sa chambre de l’hôtel Terminus. Le jour tant attendu est arrivé. Aux commandes du Blériot XI, il effectue la traversée Calais-Douvres en 37 minutes et entre dans l’histoire… À son atterrissage, le douanier qui l’accueille, un peu déconcerté, fait signer au pilote le « Certificate of pratique » où figure la mention « navire » pour désigner son monoplan… Quelques heures plus tard, peu loquace, Louis Blériot transmet un télégramme « traversée faite » pour signaler son exploit. Les célébrations, elles, seront plus expressives et rendent hommage au pilote à travers le monde. De Londres à Paris, Louis Blériot et son épouse Alice sont reçus par les grands hommes politiques de l’époque. C’est le début de la Blériomania qui saura inspirer de nombreux dessinateurs et artistes. Son avion reste exposé sur la façade du quotidien Le Matin avant de rejoindre le Conservatoire National des Arts et Métiers où il continue aujourd’hui encore de fasciner ses visiteurs. 

Pionnier de l’industrie : Blériot aéronautique 

Après son exploit, l’aviateur se concentre sur sa carrière d’entrepreneur. Au sein des ateliers Louis Blériot situés à Levallois, l’ingénieur lance la production en série du fameux monoplan. Les commandes affluent de toute l’Europe : le Gouvernement français commande 100 Blériot XI, mais aussi l’Angleterre, la Russie, l’Italie… En 1913, plus de 800 avions sont vendus. Ils sont livrés par calèches, par chemin de fer ou pour certains privilégiés en livraison personnalisée. En 1915, ses équipes investissent un hangar de 40 000 m2 à Suresnes. Autour d’un groupe d’industriels, Louis Blériot acquiert les actifs de la SPAD Deperdussin qui équipe un grand nombre d’escadrilles françaises pendant la Première Guerre Mondiale. Louis Blériot devient l’un des grands leaders de l’industrie aéronautique en Europe.

Ouvrir le champ des possibles

Comme le soulignait Le Figaro, depuis la traversée de la Manche « des horizons nouveaux et troublants sont, d’un seul coup d’aile, ouverts à l’humanité ». Après les prouesses du pionnier de l’aviation, les progrès s’accélèrent.

Près de vingt ans plus tard, le 22 mai 1927, un jeune américain suit les traces de celui qu’il considère comme le précurseur de l’aviation… Quand Charles Lindbergh se pose au Bourget après sa traversée de l’Atlantique en 33 heures et 30 minutes à bord du Spirit of Saint Louis, il n’a qu’un seul souhait : rencontrer celui qui l’inspire depuis toujours. Quelques jours plus tard, son voeu est exaucé et l’Aéroclub de France organise une réception en l’honneur des deux pilotes. Pendant la réception, Simone, l’une des filles de Louis Blériot sert d’interprète à son père pour faciliter le dialogue entre les deux grands maitres de l’histoire de l’aviation. 

Un nid à Monaco

Amoureux de la douceur de vivre méditerranéenne, Louis Blériot acquiert en 1920 « Le Nid », une prestigieuse villa Belle Epoque au coeur de Monaco. Louis Blériot, son épouse Alice et ses enfants partageront des souvenirs heureux en Principauté. Au cœur de son jardin, trônait une magnifique fontaine. Louis Blériot l’avait démontée pierre par pierre de son domaine de Riversdale pour la faire remonter ici. Aujourd’hui, si la maison a disparu, son emblématique fontaine du Roqueville offre encore des moments propices à l’évasion à ses visiteurs qui retrouveront, l’instant d’une promenade, l’âme éternelle d’un visionnaire hors pair.

Le 1er août 1936, Louis Blériot s’envole pour d’autres cieux laissant dernière lui l’héritage de sa fabuleuse épopée. Le 5 août, un hommage national dans la cour des Invalides vient saluer la carrière d’un aviateur et industriel de talent. Louis Blériot a marqué l’histoire de son exploit mais également par ses incroyables inventions : les meubles Blériot, l’hydroglisseur, le projecteur chauffant, le char à voiles, la moto Blériot ou encore la Blériot Whippets qui remporta de nombreux rallyes

Cet article a été écrit en collaboration avec Dominique Bon, responsable du Fonds Régional, et grâce au précieux témoignage de Nicole Sabbagh, petite-fille de Louis Blériot.

 

 

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